Jean Starobinski

Le fonds Starobinski cacherait-il une bibliothèque Sayers ?

Edwige Durand, en collaboration avec Jonathan Wenger et Laetitia Kaiser

Une bibliothèque de grande ampleur se constitue à partir de sources diverses : dons, héritages, achats nécessaires au travail de l'étudiant puis du professeur, livres d'occasion chinés au détour d'une promenade ou chez les libraires d'anciens... Parmi les livres ainsi rassemblés, le chercheur tombe parfois sur un sous-ensemble imprévu, dispersé mais cohérent.

Jean Starobinski retenait avec soin la provenance de ses livres. Loin d'effacer le nom d'un précédent propriétaire, il a parfois indiqué lui-même cette origine. Ainsi en est-il de quelques livres autrefois aux mains de l'écrivain anglais Dorothy L. Sayers (1893-1957).
Celle-ci fut une femme de lettres atypique. Diplômée d'Oxford en philologie, c'est par le roman policier qu'elle acquit fortune et renommée. Malgré les critiques, elle sut renouveler et enrichir le genre par son érudition, les allusions à des sujets de société, ou encore le relief donné à ses personnages comme son célèbre héros Lord Wimsey. Sa situation matérielle assurée, Sayers revint à sa passion pour la littérature médiévale - traduisant notamment la Chanson de Roland et la Divine comédie - et donna quelques essais et pièces de théâtre à thème religieux.

Le fonds Starobinski compte à ce jour quatre volumes issus de la bibliothèque Sayers (voir les références dans le document PDF ci-joint). Trois sont présentés comme tels par une note de Starobinski ; le dernier, par une signature de Sayers sur la page de garde. Il s'agit du Roman Vergil du latiniste William F. J. Knight qui, outre de nombreuses annotations, porte sur la 3e de couverture une traduction manuscrite en vers anglais de l'ode 22 d'Horace. « D'où venaient ces livres ?, s'est demandé Jean Starobinski. De qui provenaient-ils ? Mystère. Peut-être d'un descendant ou d'un parent qui a vécu aux environs de Genève. C'est du moins ce que je me suis raconté. » (courriel du 9.03.2012)
Grand habitué des Puces de Plainpalais où il a sans doute acquis ces ouvrages, Jean Starobinski ajoute : « J'avais lu quelques-uns [des romans policiers de Sayers], et je découvrais dans ces livres tout un savoir érudit. »

Dans sa préface à l'Anatomie de la mélancolie de Robert Burton (éd. J. Corti, 2000), Jean Starobinski mentionne encore un exemplaire annoté par Sayers, non catalogué à Berne : « Le livre de Burton fut sur-le-champ un succès de librairie. [...] Le hasard a mis sous ma main [les] volumes qui ont appartenu à Dorothy Sayers (1893-1957), auteur de « detective stories » et traductrice de Dante : elle soulignait maints passages »...

Présage à de nouvelles découvertes similaires, au fil du catalogage ?

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