Mon trésor suisse : Notizen zur Fototechnik

La photographie est l’outil de production d’images le plus démocratique : « Il suffit de vouloir pour pouvoir. » Mais rares sont ceux qui arrivent à des résultats extraordinaires. Comme dans toute activité, l’élite se réduit à une petite minorité, même si tout le monde ou presque s’essaie à la photographie – ou peut-être justement pour cette raison. (Peter Jenny)

J’ai dans les mains un petit livre noir composé de notes. Il tient dans la poche du pantalon. Non, ce n’est pas de la moleskine, même si la couverture fait effectivement penser à une « peau de taupe ». Il n’y a pas non plus la moindre page blanche. Bien au contraire, les 211 pages sont compactes et contiennent l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur la technique photographique. L’ouvrage est subdivisé en chapitres : diaphragme, obturateur, objectif, appareil photographique, lumière, matériel et laboratoire. Il est technique mais sans excès.

Le livre s’ouvre par exemple sur une citation de Joseph Beuys. De même, une photo d’une sculpture de Roman Signer sert d’exemple pour expliquer l’importance d’une vitesse d’obturation rapide, et le cliché d’une prise de judo (un Sumi Otoshi ?) nous fait comprendre l’effet du flash électronique. L’amateur débutant y trouvera tous les conseils qu’il faut pour faire ses premières armes avec l’appareil et au laboratoire ou encore pour apprivoiser la lumière. Pour moi qui suis photographe, ce livre est et reste un (mon) trésor (suisse).

Peter Jenny, « Notizen zur Fototechnik », Zurich, vdf Hochschulverlag AG der ETH Zürich, 2009 (Cote : N 298285)
Peter Jenny, « Notizen zur Fototechnik », Zurich, vdf Hochschulverlag AG der ETH Zürich, 2009 (Cote : N 298285)

Les Notizen zur Fototechnik de Peter Jenny ont paru pour la première fois au milieu des années 1980 chez vdf Hochschulverlag AG à l’EPF de Zurich. Le livre en est aujourd’hui à sa 12e édition, qui a très peu changé par rapport au texte d’origine. C’est dire si c’est un longseller. C’est surprenant, sachant qu’on n’y trouve pas un mot sur la photo numérique. La photographie en couleurs y a par contre droit de cité, mais est traitée dans un sobre noir et blanc comme tout le reste de l’ouvrage. Les Notizen de Peter Jenny mettent les notions de base de la photographie à la portée de tous. Elles ont bien résisté au temps. Car tout bien considéré, la photographie n’a pas tant changé au cours des dernières décennies. La lumière, le cadrage, l’atmosphère, la composition, l’objectif, le capteur optique et l’idée même de la photographie sont par essence analogiques. La seule chose qui a changé avec l’arrivée du numérique est le mode de stockage des photos.

J’ai découvert ce livre il y a 23 ans, à l’Ecole des Arts Visuels de Berne. Hans Baumann, notre professeur de photographie, l’utilisait pour ses cours. Je nous revois mon collègue et moi en train d’arpenter le pont de la Lorraine à la recherche de l’emplacement idéal avec notre trépied, notre appareil argentique, nos rouleaux et les Notizen de Jenny dans la main. Le devoir consistait à faire un filé, c’est-à-dire à suivre les voitures en mouvement durant leur déplacement avec une vitesse d’obturation lente. Adapter la vitesse d’obturation au déplacement du véhicule est tout sauf simple et on ne pouvait pas non plus directement constater le résultat. De nombreux déclics plus tard, on se retrouvait au labo. Encore un petit coup d’œil dans les Notizen avant d’entrer dans la chambre noire. On mettait du premier coup la main sur les ustensiles de laboratoire dans le noir complet, pour autant bien sûr qu’ils aient bien été rangés à leur place. L’obscurité absolue devait régner au moment où on sortait le film de la bobine pour le mettre sur la spirale. Le film était développé, puis séché, et venait l’instant crucial : celui où il faut voir le résultat. Y a-t-il quelque chose sur le film, sur le négatif ? Et est-ce bien net ? La tension allait croissant, devenait paroxystique juste à l’instant où l’on acquérait la certitude que la photo serait utilisable. C’était alors un immense soulagement et un sentiment d’intense satisfaction. Il est des photos que j’associe aujourd’hui encore à ces moments restés très précisément gravés dans ma mémoire.

Je suis récemment retombé par hasard sur les Notizen de Peter Jenny à la Bibliothèque nationale. Incroyable, me suis-je dit, ce livre est toujours d’actualité ! Je me suis aussitôt revu en train de le feuilleter au temps de mes études.

Je ne peux que recommander la lecture de ce livre à toutes celles et à tous ceux qui aiment faire de la photo, que ce soit avec un appareil numérique ou un bon vieil argentique. Et peut-être éveillera-t-il même chez l’un ou l’autre d’entre vous, allez savoir, l’envie de vous aventurer un jour dans la chambre noire.

Simon Schmid
Responsable Photographie et reprographie

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