« Safe and Sustainable by Design » : Pourquoi les innovations sûres et durables sont rentables pour les entreprises
St. Gallen, 09.04.2026 — Pour développer de nouveaux matériaux et produits qui ne nuisent ni à l'homme ni à l'environnement, il faut adopter des approches holistiques telles que « Safe and Sustainable by Design » (SSbD). Mais dans quelle mesure est-il coûteux pour les entreprises de satisfaire aux exigences qui y sont associées ? Une nouvelle analyse de l'Empa montre aujourd'hui qu'une grande partie de ces exigences est déjà définie dans des règlements européens centraux. Mise en œuvre de manière cohérente, l'approche SSbD aide donc les entreprises à sécuriser leurs innovations sur le plan réglementaire à un stade précoce et à éviter ainsi des erreurs coûteuses.

Les nouveaux produits chimiques, matériaux, produits et technologies doivent être développés dès le départ de manière à être sans danger pour l'homme et l'environnement, et ce tout au long de leur cycle de vie. C'est l'objectif poursuivi par l'Union européenne. L'approche holistique de l'innovation « Safe and Sustainable by Design » (SSbD) joue ici un rôle central. Mais qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises ? Quels coûts supplémentaires cela implique-t-il pour ces dernières ?
Une étude internationale menée sous la direction de l'Empa dans le cadre du projet européen « IRISS » montre pour la première fois que l'approche SSbD est déjà conforme à environ deux tiers de la législation européenne pertinente en matière d'environnement. « De nombreuses entreprises craignent que cette approche holistique ne leur impose des contraintes réglementaires supplémentaires », explique Akshat Sudheshwar, auteur de l'étude à l'Empa. « Notre analyse montre clairement que le SSbD présente un avantage évident pour les entreprises, car cette approche tient compte de nombreuses exigences réglementaires dès les premières phases de l'innovation. »
Examen des principaux règlements de l'UE
Dans un premier temps, l'équipe de recherche internationale a identifié les 15 règlements européens centraux qui sont particulièrement pertinents pour l'industrie européenne, tous secteurs confondus et tout au long de la chaîne de valeur, par exemple le règlement sur les produits chimiques ou le règlement sur les batteries. Les chercheurs ont ensuite analysé systématiquement chaque règlement et vérifié dans quelle mesure il était conforme au cadre d'évaluation SSbD. Il s'agissait notamment de déterminer si les règlements contenaient des exigences contraignantes telles que des évaluations de sécurité, s'ils fixaient des critères mesurables tels que des taux de recyclage ou des valeurs limites, et s'ils prescrivaient certaines méthodes, par exemple pour les analyses du cycle de vie ou les tests d'écotoxicité.
Les résultats ont été présentés sous forme de carte thermique et montrent clairement qu'il existe une concordance de 64 % entre le SSbD et les règlements européens examinés. « Cela signifie que, dans de nombreux cas, le SSbD exige exactement le type de données et d'évaluations dont les entreprises auront de toute façon besoin par la suite pour se conformer à la réglementation », explique Akshat Sudheshwar. Les règlements relatifs aux piles, aux matières premières critiques et aux emballages, ainsi que la directive-cadre sur les déchets, présentent une concordance particulièrement élevée.
Les PFAS montrent pourquoi il est essentiel d'agir rapidement
L'exemple des PFAS illustre particulièrement bien pourquoi une telle approche est nécessaire. Les risques liés à ces substances chimiques dites « éternelles » étaient largement connus lors de leur introduction, mais ils ont été ignorés pendant des décennies, avec des conséquences graves pour l'environnement, la santé et l'économie. « Aujourd'hui, la société subit les conséquences de cette décision, car les PFAS ne se dégradent pas dans l'environnement, s'accumulent dans les organismes et entraînent des coûts énormes », explique Akshat Sudheshwar. « Une approche SSbD holistique aurait permis d'aborder ces risques à un stade précoce et d'éviter des assainissements coûteux des décennies plus tard. Il vaut donc mieux vérifier tôt et corriger simplement, plutôt que de réagir tardivement et à grands frais. » C'est exactement ce que l'UE décrit de manière pertinente avec le principe « fail early and fail cheap » (échouer tôt et à moindre coût).
Cependant, l'étude met également en évidence les limites actuelles de l'SSbD. Cela est particulièrement évident dans l'évaluation des impacts sur la biodiversité, qui revêtent une importance croissante pour les rapports d'entreprise et la conformité. Selon le chercheur de l'Empa, il manque encore aujourd'hui des données fiables, des informations toxicologiques et des méthodes robustes à cet effet. Le cadre d'évaluation SSbD reconnaît toutefois explicitement cette lacune et peut être adapté dès que des méthodes et des données scientifiques appropriées seront disponibles.
Le SSbD, une opportunité pour une innovation pérenne
Malgré ces restrictions, le SSbD offre un avantage stratégique aux entreprises. Ceux qui utilisent ce cadre peuvent renforcer à long terme l'innovation, la compétitivité et la protection de l'environnement. « Bien sûr, le SSbD augmente les coûts dans la phase initiale de développement, mais cet effort supplémentaire est rentable à long terme. En investissant un peu plus maintenant, on évite des coûts élevés liés à des interdictions, des assainissements ou des adaptations du marché », explique Akshat Sudheshwar. Il est essentiel pour les entreprises d'être capables de penser la sécurité et la durabilité dès le début et de développer l'expertise nécessaire dans ces deux domaines.
L'étude estime également qu'il est nécessaire d'agir au niveau politique. Selon Akshat Sudheshwar, des incitations sont nécessaires pour que le SSbD puisse être grandement utilisé : « Un soutien à court terme, par exemple sous la forme d'allègements réglementaires, de prolongations de brevets ou d'avantages économiques, pourrait faciliter l'adoption de cette technologie par les entreprises. » Dans le même temps, le SSbD devrait être davantage intégré dans les réglementations européennes, non pas nécessairement en tant que norme obligatoire à moyen terme, mais plutôt en tant que ligne directrice pour l'industrie.
Littérature
A Sudheshwar, C Apel, K Kümmerer, L G Soeteman‑Hernández, J K Scheper, A Falk, A Batel, J Markard, C Som, Z Wang, B Nowack: Safe and Sustainable‑by‑Design under the European Green Deal—regulatory readiness or pressure for companies?; Integrated Environmental Assessment and Management (2025); doi: 10.1093/inteam/vjaf188
Informations
Akshat Sudheshwar
Empa, Technology and Society
Tél. +41 58 765 79 43
akshat.sudheshwar@empa.ch