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Patricia Highsmith : Thématiques de l'exposition

1. Famille, le refuge infernal
Patricia Highsmith est née à Fort Worth au Texas où elle a passé une grande partie de son enfance, confiée par intermittence aux bons soins de sa grand-mère maternelle. Elle entretint, sa vie durant, une relation douloureuse et conflictuelle avec sa mère, divorcée et remariée. Brisée par ces ruptures et ses attentes filiales déçues, elle construisit péniblement sa vie sentimentale. Il lui était difficile de supporter une cohabitation amoureuse au-delà de quelques mois. Son oeuvre littéraire témoigne de cette douloureuse réalité mais aussi d’une féroce lucidité : la nostalgie, le désir d’une famille idéale se délitent devant le naufrage irrémédiable des relations. Dans cette atmosphère de rupture, le sentiment amoureux ne peut être qu’illusion, pure projection, se brisant immanquablement devant la réalité de l’autre.
2. Altruicides et affabulateurs
Les romans de Patricia Highsmith mettent en scène morts violentes, meurtres et crimes. La frontière entre une velléité d’assassinat et un fait criminel avéré y est souvent fluctuante au même titre que le rapport entre revendication de culpabilité et culpabilité réelle. Il arrive bizarrement que ses héros, par jeu ou par curiosité de caractère, miment un meurtre et, par la suite, soient soupçonnés de l’avoir réellement commis. D’autres personnages restent incertains quant au sort de ceux qu’ils ont agressés et peuvent donc se considérer, selon l’éclairage, meurtrier ou innocent. C’est dans ces scénarios rocambolesques que se reflète la singularité inventive de Highsmith qui possède le pouvoir incomparable de se glisser au plus profond de la psyché des criminels et des psychopathes. Dans ce monde terrifiant, les meurtriers deviennent les sosies dévoyés des artistes ou sont parfois, effectivement, artistes et meurtriers.
3. Moralité, normalité et étrangeté
Graham Greene, dans sa préface à L’Amateur d’escargots (Eleven), écrivait que le monde de Highsmith était privé « de dénouements moraux ». Quatre ans plus tôt, en 1966, Highsmith évoquait déjà cette question dans son essai L’Art du suspense, mode d’emploi (Plotting and Writing Suspense Fiction) : « Graham Greene est aussi un moraliste », y écrivait-elle alors, « et je m’intéresse à la morale, à condition qu’elle ne tourne pas au prêche. » Pour elle, qui avouait une véritable attirance – sinon une tendresse – envers les névrosés et les psychopathes, « la passion du public pour la justice » paraissait « ennuyeuse et artificielle, car ni la vie ni la nature ne se soucient que justice soit faite ou non. » C’est donc une éthique personnelle qui s’imposera dans le récit, souvent en porte à faux avec la morale sociale, religieuse ou légale. Moralité, normalité et étrangeté se défient sous les yeux perplexes du lecteur, entretiennent son incertitude et son trouble jusqu’à la fin des récits, et même au-delà.

4. En musique
Les personnages des nouvelles de Highsmith ne livrent pratiquement pas d’informations sur leurs lectures et leurs choix musicaux, ils sont assez indéterminés intellectuellement. Ce n’est pas le cas de ses héros romanesques, plus denses, décrits au contraire avec force détails ; souvent ce sont des intellectuels, des artisans ou des artistes délicats dont la fréquentabilité – même lorsqu’ils commettent des meurtres – se mesure à l’aune de leur savoir raffiné. Leurs bibliothèques, leurs discothèques, leurs collections, reflets des préférences de Patricia Highsmith, sont très fréquemment décrites.
5. Les Maisons
Patricia Highsmith a souffert de l’exigüité des logements new-yorkais, partagés à l’adolescence avec sa mère (Mary Coates) et son beau-père (Stanley Highsmith). Elle l’exprime dans ses « diaries », cahiers de notes personnelles qu’elle tiendra quasiment tout au long de son existence. Dès lors, son attention aux espaces dans lesquels elle vivra, son goût pour les architectes et les maisons reviendra de façon constante dans sa vie comme dans son œuvre littéraire et pictural. Elle dessinera, d’ailleurs, elle-même sa dernière maison, construite avec l’architecte Tobias Ammann à Tegna au Tessin entre 1987 et 1988. Sorte de grand M blanc, cette demeure ressemble étrangement à celle imaginée trente ans plus -tôt, en 1948, pour Guy Haines, héros-architecte de L’Inconnu du Nord-express (Strangers on a train) qui avait le projet d’une maison en Y, « longue, avec un toit en terrasse », « d’un blanc étincelant, avec des lignes nettes ».
6. Eleveurs et collectionneurs étranges
Dans quel but, Patricia Highsmith attribue-t-elle si -fréquemment des obsessions, des marottes désarçonnantes à ses personnages ? Pourquoi tant de collectionneurs, tant d’éleveurs saugrenus dans ses livres ? Sans doute pour fixer l’effet de bizarrerie sur un individu, le cerner dans son intimité singulière, mais aussi pour faire progresser insidieusement son récit vers des terres où la rationalité n’a plus cours. Highsmith, “folle” de psychopathes ? Ses notes, ses articles sur quelques grands tueurs psychotiques, son attention fascinée pour les déviances psychiques l’attestent indubitablement. Mais Highsmith était au moins autant captivée par la psychologie des collectionneurs que par celle des tueurs psychopathes.
7. La Société comme prison : observation à la loupe
Échappant aux normes, les héros de Highsmith vivent en marge de la société. Ils sont parfois homosexuels, parfois étrangers, parfois artistes ou, bien plus menaçants, psychopathes. Ils sont exposés à l’observation soupçonneuse d’une société bien pensante et effrayée qui les rejette, les talonne et les renvoie à leur misanthropie. Patricia Highsmith, solitaire farouche, se tenait elle-même, le plus souvent, à l’écart de la vie publique ; elle fut pourtant, au gré de ses romans et de ses satires politiques, une observatrice et une critique aux griffes acérées, ressentant de toute évidence un plaisir de revanche à dénoncer certains faits. De nombreuses lettres de lecteur adressées aux journaux et publiées sous des pseudonymes farfelus, lui permirent également d’épancher son plaisir à la critique.
8. Portrait au miroir
Patricia Highsmith excelle dans l’introspection psychologique ; s’identifiant avec tendresse à ses anti-héros, elle peaufine, au fil de l’intrigue, la complexité de leur personnalité en les plaçant dans des situations chaotiques, en leur faisant endosser des actes étranges, incompréhensibles ou consternants. On trouve assez souvent, dans ses romans, des tandems masculins qui fonctionnent dans un rapport d’amour-haine ; ces duos troublants miment par beaucoup d’allusions, de non-dits, une relation homo-érotique non confirmée. En miroir, Patricia Highsmith se reflétait dans ces couples fictionnels, leur confiant beaucoup de sa propre expérience malheureuse dans le rapport à autrui. Ainsi disait-elle de Ripley, sexuellement ambigu, qu’il était son personnage préféré, qu’il s’était développé en quelque sorte comme son alter ego littéraire.
Retour à vue d'ensemble PATRICIA HIGHSMITH (1921 - 1995)

Dernière mise à jour le: 07.03.2006

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